كلما أدّبني الدّهر أراني نقص عقلي

و اذا ما زدت علما زادني علما بجهلي

الامام الشافعي


mardi 20 mai 1997

Former des journalistes pour quelles tâches ?

 

Former des journalistes pour quelles tâches ?, Mehdi Jendoubi, document de travail présenté lors de la session de formation des formateurs organisée par le CAPJC, Mai 1997.


Comment obtenir une tête de journaliste bien faite ? Cette question qui parodie Montaigne  n'a cessé d'animer les débats les plus passionnés dans les écoles de journalisme.

Observateur de la vie des hommes en déroulement  "historien de l'instant", le journaliste est un informateur et un analyste qui doit s'assurer avec des mots, des phrases, une voix et des images, l'attention et l'intérêt de ceux qui dépensent leur argent et leur temps pour le lire, l'écouter et le voir.

Toutes les sciences humaines et sociales ont été mises à contribution pour former ces esprits touche à tout en plus des langues et des techniques du journalisme. Les programmes des écoles de   journalisme se structurent autour des trois mots clés :

Culture générale (ou fondamentale, ou formation intellectuelle), langues (ou expression écrite et orale) et techniques du journalisme (ou compétences professionnelles).

Si ces ingrédients de base se retrouvent dans un grand nombre de programmes de journalisme, de  grandes variations existent dans les proportions et dans l'agencement de ces enseignements.

Faut-il commencer les enseignements professionnels dès le début du cursus, dans quelle proportion et à quel niveau (bac ou bac + deux ou maîtrise) ? Faut-il diversifier autant que possible les matières de culture générale pour embrasser au maximum le champ des sciences sociales ou envisager une spécialisation ? 

Nous n'avons pas l'intention durant cette intervention de nous arrêter à ce débat sur les grands  équilibres. Nous nous limiterons à la dimension strictement professionnelle dans la formation des journalistes : que faut-il enseigner aux étudiants dans le cadre des cours de journalisme ? Les enseignants de journalisme s'appuient pour répondre à cette question sur deux sources principales : leur expérience personnelle du métier et le corps des savoirs consignés dans les manuels de journalisme.

Philip Burges et Paul S. Underwood (JOURNALISME QUARTERLY, Vol 47, N° 3, 1970),    répondent à cette question en dégageant cinq axes autour desquels s'organise la formation des journalistes :

 

1)            Développement des compétences rédactionnelles.

2)            Acquisition et intériorisation des normes professionnelles et éthiques.

3)            Développement et pratique de l’observation, de la collecte de l’information, et de l’information, et de l’analyse.

4)            Développement de la connaissance spécialisée d’un champ déterminé (sécurité nationale, commerce extérieur, Afrique de l’Est…)

5)  Acquisition et développement des méthodes et des techniques d'analyse des faits sociaux (méthodes d'enquête, analyse de contenu...)

Nous n'allons pas trop nous éloigner de ces questions, mais nous vous proposons en guise de plate-forme de discussion de partir de la définition du poste de travail du journaliste telle qu'elle figure dans certains documents : classification type des professions (Bureau International du Travail), convention collective du secteur de la presse écrite en Tunisie, statut du personnel de l’ERTT, et les professions du journalisme dans la presse écrite décrites par la revue UNIMEDIA.

Il va sans dire que les multiples tâches des journalistes varient en fonction de leur situation hiérarchique (journaliste de base ou journaliste doté d'un niveau de responsabilité), de leur niveau de spécialisation (généralistes ou spécialistes), du media dans lequel ils exercent leur profession (quotidiens, agences, station de radio ou de télévision, magazines...), et des traditions et pratiques professionnelles spécifiques à chaque pays et à chaque media.

Il nous semble néanmoins possible de dégager une première liste de tâches que sont appelés à effectuer les journalistes, et qui constituent une base commune à l'ensemble des journalistes et à laquelle il faudra ajouter une liste complémentaire pour introduire les tâches spécifiques qu'impose la diversité des médias. Nous nous limiterons aux journalistes "généralistes", sans responsabilité hiérarchique dans la rédaction.

Nous proposons de classer les activités et les tâches des journalistes selon la typologie suivante :

1)            tâches d'analyse et de rédaction

Le journaliste, observateur social, est appelé à suivre régulièrement l'actualité nationale et internationale et assure une fonction de recherche de l'information (voir plus loin), de compréhension, d’analyse, d'évaluation d'interprétation, et de sélection des faits dans leurs multiples dimensions : politique, sociale, économique, culturelle.

Il rédige des articles destinés à être publiés ou diffusés par différents médias, conformément aux normes professionnelles du journalisme relatives aux techniques rédactionnelles, au style, au genre et à l’habillage.

Dans les genres informatifs ses articles peuvent se présenter sous forme de : brève, filet, synthèse, mouture, compte rendu, interview, reportage et enquête,

Dans les genres d'opinion ses articles peuvent se présenter sous forme de portrait, critique (livre, cinéma, théâtre, télé critique), billet, chronique, éditorial, commentaire.

En plus des articles de création originale. Le journaliste est appelé à réaliser différents types de travaux rédactionnels (réécriture, relecture, bâtonnage, préparation de la copie pour publication, traduction).

 

2)            Tâches en relation avec la collecte des informations :

 

Le journaliste est chargé de procéder à la recherche et à la vérification des informations en rapport direct avec l'actualité ou venant servir d'éléments de background.

Il est appelé à rechercher des informations dans les multiples sources documentaires auxquelles il peut avoir accès.

La lecture régulière de la presse écrite locale, nationale et étrangère et l'écoute des stations de radio et de télévision sont des activités majeures dans le budget temps de travail du journaliste.

IL est appelé à assurer la couverture des événements en se déplaçant sur le terrain à l'échelle nationale et internationale pour observer directement les événements sur leur lieu de déroulement et obtenir des acteurs des événements et des sources concernées les éléments d'informations de première main      nécessaires à la réalisation de ses articles.

3)            tâches de mise en forme des messages (mise en page, mise en onde)


Si la mise en forme typographique ou la mise en onde ou en image est confiée à des collègues ayant une compétence technique spécifique, le journaliste doit leur rendre la tâche facile en tenant compte des contraintes de la production, en se conformant au protocole de présentation de la copie et en prenant l'initiative de suggestions pouvant être reprises par le secrétaire de rédaction (habillage des articles).

Quand cela est nécessaire le journaliste entre en collaboration avec d'autres collègues pouvant participer à rendre ses papiers plus riches, plus lisibles et plus esthétiques (photographes, caricaturistes , dessinateurs, infographes...).

Selon la tradition et les moyens disponibles il remet ses papiers dactylographiés, ou assure la saisie de sa production.

 

4)            tâches d’organisation, d’animation de la rédaction, de gestion, et d'encadrement.


Le journaliste exerce un métier de création dont la réalisation ne peut pas se concevoir sans une large liberté intellectuelle et une grande souplesse dans l'organisation du travail. Il doit néanmoins s'intégrer dans une rédaction et entretenir des rapports de coopération positive avec les différents intervenants dans le processus de production du journal : (Chefs de rubriques, chefs de services, secrétaires de rédaction, rédacteurs en chefs).

Il prend part de manière fructueuse à la conférence de la rédaction et il est tenu de concrétiser, les projets de papiers qui lui sont confiés. En plus de la qualité rédactionnelle de ses papiers, il est tenu de remettre à la rédaction des papiers en nombre suffisant (selon la tradition ou la réglementation interne), dans les limites du deadline imparti.

Il soumet avant publication ses articles au rédacteur en chef (ou autre responsable de la rédaction) et discute, quand cela est nécessaire, aussi bien du fond que de la forme de ses papiers.

Il est disponible pour assurer toutes les tâches rédactionnelles, ainsi que la couverture des évènements prévisibles et non prévisibles qui lui sont confiés par les responsables de la rédaction. Il est appelé également à prendre des initiatives et à suggérer su rédacteur en chef des projets d'articles.

Il crée et développe ses outils de travail tels que : carnet d'adresses, agenda de l’actualité prévisible, carnet de notes, documentation personnelle.

Il intervient, quand cela est nécessaire dans le débat relatif à l'évaluation de la production ou aux orientations éditoriales et fait part de ses propositions.


Il peut paraitre inutile de s'arrêter à des évidences, et de coucher noir sur blanc les tâches essentielles des journalistes, avant de parler du contenu des enseignements professionnels. Et pourtant si on compare ces tâches au contenu d'un nombre élevé de programmes de formation de journalistes, nous pouvons remarquer une prédominance de la formation dans les tâches rédactionnelles. 

Les tâches en relation avec la collecte sont marginalisées et les tâches d’organisation et d'animation sont quasiment ignorées. Et même pour les tâches rédactionnelles, combien de genres ne sont-ils pas passés sous silence !

Tout cursus est forcément limité, le temps de la formation ne permet pas de "tout voir", on se limite aux choses essentielles. Mais qu'est ce qui est essentiel dans une formation de journaliste ?

Combien d'aspects de la formation sont considérés comme évidents, et supposés connus ! Mais enfin de cursus combien sont nombreux également les enseignants "surpris" et "indignés" des lacunes de leurs étudiants. Ne sommes-nous par entrain de leur reprocher ce que nous ne leur avons jamais donné l'occasion d’apprendre?

Il y a des tâches de journalistes de la base (rédaction et collecte) et des tâches spécifiques aux journalistes de la hiérarchie (organisation, animation). Les écoles de journalisme, dit- on doit privilégier les tâches de rédaction et de collecte qui seront assignées aux jeunes diplômés à leur sortie d'école.

Nous contestons cette affirmation pour deux raisons. La première est qu'on ne peut plus s'initier à la planification ou aux relations humaines tardivement, une fois que le mauvais pli est pris. La seconde est que même si les tâches d'animation et d'encadrement prennent une ampleur progressive chez les chefs de rubriques, les secrétaires de rédaction et les rédacteurs en chef, tout journaliste ne peut que gagner s’il est sensibilisé à l’esprit d’équipe, à la gestion rationnelle du temps de travail, et aux techniques pouvant améliorer le déroulement d'une réunion de travail.

La délimitation des tâches est fortement déterminée par les traditions d'organisation du travail spécifiques à chaque pays et à chaque media, et les contraires qu’imposent les propositions humaines et techniques, il faut donc relativiser toutes les propositions et les adapter.

Le journalisme est un métier qui comme bien d'autres a fortement été transformé par les innovations technologiques, et il semble évident qu'on ne peut pas ignorer cette donnée en parlant des tâches des journalistes. Entre remettre une copie manuscrite, ou une copie dactylographiée il y a déjà une technicité supplémentaire. Que dire de la saisie directe de la copie par le journaliste au siège du journal ou à quelques milliers de kilomètres du siège ?

Quelles compétences nouvelles exige le passage de la recherche documentaire sur support papier (coupures de presse, dictionnaires et encyclopédies), aux multiples possibilités d'accès à l’information qu'offre l’informatique?

A tâches nouvelles, compétences nouvelles. Mais le journalisme, dont les produits sont des "œuvres de l'esprit", reste essentiellement malgré la complexité des technologies mises à contribution, une activité intellectuelle dont les outils de base sont les mots, les phrases, et les idées. Les écoles de journalisme ne devraient pas l'oublier. "L’honnête homme" est toujours d'actualité.

Sources :

la définition des tâches figurant dans ce document est une synthèse des définitions adoptées par les documents suivants :

a)            Classification type des professions, Bureau International du Travail, Genève, 1968.

b)           Convention Collective nationale concernant les entreprises de presse, JORT, N°76 du 25 Novembre 1975.

c)            Statut particulier du personnel contractuel de le Radiodiffusion télévision tunisienne, Décret N° 74-135 du 6 Mars 1974, Premier ministère, Tunis.

La version actuelle du statut d’ERTT Décret 1166 du 29 Juin 1990, n'a pas repris les définitions du précédent statut et se limite à mentionner les différentes catégories de journalistes (journaliste, journaliste reparlé, journaliste principal et grand reporter).

d)  les professionnels de la communication sociale, UNIMEDIA, institut Belge d'information et de documentation, ss. date, Bruxelles.

 

 














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