Mehdi Jendoubi,
Téboursouk Tunisie 15/1/1982.
Texte diffusé en interne, non publié
Quand un journaliste se rend dans un village ou à la campagne, il crée l'événement dans la communauté qui l'accueille. Les étudiants de l'Institut de presse vivent cette expérience, régulièrement quand ils se rendent sur le terrain pour leurs travaux pratiques.
Pour le paysan, le journaliste détient un pouvoir dont il est difficile de délimiter les contours, mais qu'il n'est pas possible de nier. Le paysan va tout faire pour que le détenteur de ce pouvoir s'intéresse au village et parle des problèmes de la communauté, aux décideurs qui résident dans le gouvernorat ou à Tunis.
Le journaliste reçoit du paysan des paroles qu'il doit transmettre aux autorités publiques. Le journaliste est perçu comme un avocat public. Mais les déceptions ne manquent pas. L'avocat ne transmet pas toujours la parole qui lui a été confiée par le village et le paysan commence à douter. Il découvre que le pouvoir est ailleurs.
A la campagne qui dit journaliste, dit radio télévision. Les organes de presse ne sont pas identifiés de manière différenciée. On vous demande pourquoi vous ne passez pas à la télévision et à la radio même quand vous leur dites que vous travaillez dans une revue ou dans un quotidien. Plus que partout ailleurs, c'est à la campagne qu'on se rend compte que les journalistes constituent une corporation dont chaque membre est responsable de ce que font tous les confrères.
Le paysan se fait un devoir de bien recevoir le journaliste. Mais cette spontanéité ne lui fait pas oublier la réserve qu'il faut avoir avec tout étranger. Il vous salue chaleureusement, mais répond de manière laconique à vos questions. Quand il parle il commence par vous dire que tout va bien. Il vous répond comme les paysans qui passent à la radio, qu'il écoute à longueur de journée.
Mais cette phase du "tout va bien" peut être dépassée. Et c'est là que réside tout l'art du journaliste qui consiste à mettre en confiance son interlocuteur et à lui poser les questions qui vont permettre à l'entretien d'enregistrer un saut qualitatif important.. Le but n'étant pas d'amener le paysan à dire que "tout va mal", mais plutôt d'obtenir un témoignage dégagé de la pesanteur de la méfiance. Le paysan devient observateur de son propre milieu.
Dans la campagne le paysan n'est pas le seul interlocuteur possible du
journaliste. Il y a l'instituteur, l'écolier, l'adjoint technique, l'infirmier,
le postier, le "oumda" et les gardes nationaux. Ces voix multiples et
contradictoires doivent être captées par le journaliste qui peut être ainsi en
mesure de mieux pénétrer le "Rif"(la campagne) tunisien et témoigner
de ce qu'il a vu et entendu. Il y va des espoirs des paysans qui se sont
confiés à lui et de la crédibilité de la presse.
Observation: texte inspiré d’un court séjour d’étude à
Teboursouk en compagnie d’un groupe d’étudiants de l’Ipsi pour la réalisation
de travaux pratiques de journalisme.
Evaluation critique de la dépêche de l'agence TAP en l'An 2000