Note de Mehdi JENDOUBI, Janvier 2001.
Actualisée le 2 Mai 2002
1) CRITIQUE DE LA SITUATION ACTUELLE
"Par une pédagogie innovatrice, avec beaucoup de travaux pratiques, avec des voyages, des conférences, des expériences dans les imprimeries, avec des micros et des caméras, des journalistes sont formés. Des journalistes connaissant bien leur métier, de solide culture linguistique, politique et journalistique qui vont rapidement entrer en contact avec le monde mouvementé de l'actualité." Voilà ce qu'écrit en 1972, notre professeur et collègue André Boyer, un des fondateurs de l'enseignement du journalisme en Tunisie. Voilà l'ampleur de notre échec collectif.
Combien d'articles, de la brève au commentaire
a écrit tout le long de son cursus de quatre années, chacun de ceux qui auront une maîtrise de
journalisme en Juin 2002 ?
Combien de fois et combien
de temps ont-ils tenu un micro ou une
caméra entre les mains ?
Combien de voyages d'études
à l'intérieur de la République ont-ils effectués ?
Combien de médias ont-ils
visités?
Sont-ils en mesure d'écrire
convenablement une dissertation ("solide culture linguistique")?
Sont-ils en mesure de tenir
une discussion ,pour expliquer soutenir ou critiquer une politique, où on
dépasse les affirmations gratuites et les épanchements affectifs pour analyser
le jeu des acteurs et réutiliser dans la discussion les rudiments de science
politique?
Lisent-ils, écoutent-ils
régulièrement la presse nationale et internationale, et les émissions
d'information radiophoniques et télévisuelles?
Combien de conférences de
responsables nationaux et étrangers et d'experts de toutes spécialités ont-ils
suivies, en quatre ans?
Rythme scolaire imposé par un emploi du
temps éprouvant sur le plan physique et nerveux et source d'une très grande
perte de temps. Trop de cours dans une même journée, trop temps à attendre
entre les cours, peu de plages horaires pour les travaux individuels de
terrain, pour la réalisation des travaux de lecture, de recherche et de
rédaction prolongeant chaque
enseignement, et pour la formation personnelle.
Calendrier scolaire inadapté
et source de perte de temps. Deux mois et demi pour les examens! Ne parlons pas
du déséquilibre en nombre de matières entre les examens semestriels en 3ème
et 4ème journalisme, et de la fameuse période des révisions accordée
pour les étudiants du deuxième cycle! Que peut-on réviser en journalisme? Il
serait plus fructueux de leur demander de réaliser un quota d'articles pour alimenter
le journal de l'école.
L'année universitaire est de 26 semaines, soit la moitié de
l'année civile. L'autre moitié est presque perdue pour la formation.
Trouvons des idées pour mieux fructifier ce temps perdu sans priver les
étudiants de leurs vacances. Mais un journaliste, un peintre ou un romancier
peut-il vraiment être en vacance? Oui tout de même, mais pas six mois!
Traditions scolaires non
adaptées à certaines exigences d'une
formation à forte orientation professionnelle. Faut-il que tous les
enseignements soient annuels ou semestriels? Faut-il que tous les
enseignements soient hebdomadaires ( et
pourquoi ne pas programmer un enseignement selon un rythme de trois ou quatre
séances hebdomadaires sur un mois ou deux mois?). Faut-il que tous les
enseignements finissent à 17h ou 18h et pourquoi pas à 20h ou 21h? Nous avons
investi plusieurs milliards pour construire des bâtiments et acquérir des
équipements et nous avons des difficultés à les rentabiliser parce que la SNT
"risque de nous refuser un bus".
Faut-il que chaque enseignant ait son cours, son horaire, son
examen, comme un avion son couloir aérien? Il y a peut être des
enseignements où plusieurs intervenants peuvent se relayer, ou collaborer,
agencer fructueusement apport théorique et réalisations pratiques?
Faible motivation chez les étudiants, sauf
exception. Plus grave encore, nous observons une motivation décroissante même
pour ceux qui viennent à l'IPSI par premier choix. Viennent-ils pour apprendre,
progresser intellectuellement et s'épanouir par la connaissance. Nous avons
comme apprenants de fins stratèges de la note, et des inquiets du diplôme.
Cadeau piégé de treize années et plus d'enseignement primaire et secondaire.
Comment réchauffer les cœurs et ranimer les esprits pour former non pas des
diplômés de journalisme mais des journalistes? Nous sommes payés pour trouver
la solution.
2) PROPOSITIONS:
DU COTE DES ETUDIANTS:
Limiter à 20h au maximum la totalité
des enseignements dés la première année, et bloquer pour un même groupe les
enseignements en matinée ou en après midi.(les lycéens candidats au bac suivent
un cursus de 22 heures)
Adoptons la norme suivante:
chaque heure de classe nécessite une heure de travail en hors classe. Ainsi
avec 20 heures d'enseignements l'étudiant aurait au moins 40 heures de travail par semaine,
soit la semaine d'un fonctionnaire.
Mettre au point une tradition de travail sur terrain et
négocier avec toutes les parties compétentes des facilités d'accès aux
différentes sources et aux multiples activités politiques sociales et
culturelles. Nous pouvons obtenir pour nos journalistes étudiants à peu prés
les mêmes facilités que celles reconnues aux journalistes professionnels. La
fréquentation du terrain équivaut pour nos étudiants la fréquentation de l'hôpital
pour les étudiants de médecine.
Peut-on obtenir la signature
d'une convention entre l'IPSI et le gouvernorat de la Mannouba faisant de ce
gouvernorat un espace ouvert de travaux pratiques pour nos étudiants, qui
auraient ainsi toutes les facilités d'accès aux activités et aux institutions
de la région. La même démarche peut être effectuée auprès des organisations
nationales (UGTT, UTICA, UNA, etc…)
Nous devons également faire
les démarches nécessaires pour permettre à nos étudiants du 2ème
cycle d'assister aux différents points de presse des ministres.
Et pourquoi ne pas
"suspendre les cours"(de fait la formation dans ce cas emprunte
d'autres formes plus adaptées à la formation des journalistes); pour un groupe
qui va couvrir les JCC, ou le festival de la chanson ou le démarrage de la
saison de cueillette des olives à Zaghouan!
Nous pouvons alterner des
périodes d'enseignement en classe et des périodes de production débouchant sur
la réalisation de journaux écoles..
Redonner aux examens leur fonction pédagogique et
imaginer des formes plus appropriées de contrôle et d'évaluation. Autoriser les
dictionnaires dans tous les examens. Savoir utiliser un dictionnaire est une
compétence à développer. Réduire au maximum le "temps perdu" pour
l'organisation des examens.
Enseigner la prise de notes dés les
premiers jours du cursus.
Conseiller aux étudiants dés
la première année de tenir un cahier de cours unique et cumulatif réservé à tous les enseignements de
journalisme. En fin de cursus ils auront entre les mains leur propre manuel.
Imaginer toutes les actions possibles pour sensibiliser les
étudiants au suivi de l'actualité nationale et internationale.(
entre autres actions : réintroduire un enseignement spécifique de l'actualité,
institution d'un espace d'actualité animé par des équipes d'étudiants ,
affichage régulier de la Une des quotidiens nationaux).
Instituer un cycle de conférences d'éveil,
d'ouverture, de culture générale et d'actualité tout le long de l'année avec
l'obligation pour chaque étudiant de tenir un cahier de conférences évalué en
fin d'année.
Planifier des tables rondes et des
journées d'information (à l'exemple de l'expérience animée en Avril 2002 par
nos collègues Jamel Zran et Hamida El Bour et consacrée au correspondant de presse);
en direction des étudiants sur différents thèmes en relation avec le
journalisme les médias, la communication (la déontologie, le journalisme on
line, les radios régionales, la réforme du code de la presse, la presse
spécialisée ,les études d'audience en Tunisie,
le journalisme d'entreprise, l'aide de l'état à la presse, Médias et
lutte anti SIDA, la presse de parti en Tunisie, la presse populaire en Tunisie,
les nouvelles technologies de la communication, etc
Instituer un stage d'éveil
et de découverte des institutions régionales et nationales dés la première
année.
Créer un prix du
journaliste étudiant, récompensant les meilleures
productions de l'année.
Créer une université d'été de journalisme,
espace de rencontre de formation et de récréation ouverte aux étudiants et
aux anciens de l'IPSI.
DU COTE DES ENSEIGNANTS:
Planifier une série de séminaires pédagogiques internes à
thème pour les enseignants : les méthodes d'évaluation,
Enseigner le reportage, la nouvelle, l'expression écrite et orale, les supports
pédagogiques : du tableau au CD-ROM, comment développer l'esprit de synthèse et
l'esprit critique chez les étudiants, comment encourager à la lecture?, etc…Ces
séminaires constitueront petit à petit un espace créatif, efficace et serein d'échange
et d'harmonisation du contenu des
enseignements, qui ne peuvent pas se décréter dans des réunions à la va vite.
Encourager la production de
supports pédagogiques traditionnels et numériques.
Organiser une table ronde
pour discuter de l'expérience pionnière des étudiants journalistes
professionnels?
Imaginer une formule
pour associer les bons étudiants de la 4ème
année à des activités d'encadrement des plus jeunes (encadrement des sorties
sur terrain, des journaux écoles,…)
Répartir plus équitablement après en
avoir suffisamment discuté au sein des départements et du conseil scientifique
les charges d'enseignement. L'égalité formelle des heures dues, cache de grands
écarts selon la nature des enseignements dont certains nécessitent beaucoup de corrections
et d'encadrement des activités de terrain en hors classe.
Reconsidérer les différentes
formes d'enseignements et leur durée : cours, TD, séminaires, ateliers, sur
l'année, le semestre, le trimestre, le mois.
Créer un espace de travail appelé bloc pédagogique
réunissant la direction des études et les bureaux fonctionnels des chefs de
département, et les doter des ressources administratives nécessaires à leur
fonctionnement.
Instituer une réunion périodique de staff
regroupant le directeur et/ou directeur des études et les chefs de
départements.
Développer nos archives pédagogiques pour
faciliter leur consultation par les collègues (l'arsenal de rapports et de
notes sur la réforme des programmes, les polycopiés réalisés depuis plus de
trente ans par les différents enseignants, les plans de cours…).
Publier régulièrement chaque trimestre la liste des missions
et des stages. Discuter des résultats de chaque mission au conseil
scientifique et /ou au sein des départements. En faire bénéficier équitablement
tous les enseignants impliqués dans la formation indépendamment de leur statut.
Planifier sur un trimestre les réunions des départements,
sauf urgence.
Réserver dans les emplois du
temps une plage horaire où tous les enseignants d'un même département n'ont pas
cours pour tenir leurs réunions.
Séparer nettement les
réunions de gestion du département et les réunions de réflexion pédagogique et
scientifique.
Créer la tradition d'une
réunion périodique des enseignants d'une même classe pour un suivi des
performances des étudiants cas par cas.
Etablir une liste de journalistes professionnels de
différentes spécialités en vue de les associer à le formation en cas de besoin.
Concevoir à leur intention des sessions de formation de formateurs en
collaboration avec le CAPJC.
Développer le noyau de
dossiers de coupures de presse d'actualité nationale et internationale,
actuellement disponible à la bibliothèque.
Obtenir du Centre de Documentation Nationale CDN, un traitement
de faveur pour nos étudiants.
Exiger de nos étudiants dés la première année, la saisie des travaux qu'ils doivent remettre aux professeurs.
Sous la direction de notre collègue
Mme Hamida El Bour, présidente du département de journalisme, j'ai eu l'honneur
de soumettre un document de travail consacré à la rédaction de la nouvelle dans
le cadre d'un séminaire interne pédagogique en 2012, formule proposée dans la note précédente
et inspirée d'une tradition que nous avons observée au CFPJ français lors d’un
stage en 1980.
Autres suggestions de lecture:
Rapport de synthèse des travaux de recherche et des activités pédagogiques de Mehdi Jendoubi
